Retour aux sources : Egyptian Blue

22.02.2023

Andy Buss, cofondateur avec son complice Leith Ambrose du groupe Egyptian Blue, dévoile la palette d’influences sonores de la formation post-punk britannique.

Ones All Over the Place, par Don Caballero  (2000)

Don Caballero est un groupe de Pittsburgh, aux Etats-Unis, qui a démarré dans les années 1990 et qui s’est séparé à la fin des années 2000. Il est en quelque sorte la version primitive de Battles. Le guitariste Ian Williams ayant fait partie des deux formations. Don Caballero était un pur groupe de math rock. Cette chanson est extraite de leur album American Don, l’apogée de leur répertoire. On est tombé dessus quand on était étudiants. Elle nous a vraiment époustouflé. Foals avait sorti son premier album Antidotes (2008) et nous avait mis sur la voie de ce type de musique. Ce titre a eu un énorme impact sur notre façon de penser et d’écrire de la musique. Il prend des virages surprenants avec une identité qui change soudain complètement. Le son de guitare est puissant avec une configuration de pédales d’effets relativement simple. Nous avons essayé de recréer ce genre de sons et de les incorporer dans notre musique. C’est tellement beau que quelqu’un puisse faire une chanson de 10 minutes sans aucune parole. On pense que c’est de l’improvisation, mais en réalité tout est intelligemment maîtrisé.”

Bad Blood, par So Called Humans

C’est une histoire intéressante. Quand on était ado, on donnait des concerts dans des petites villes près de chez nous, à Colchester. À l’époque, on était un groupe psychédélique. On ne jouait pas de post-punk comme maintenant. Je me souviens d’un type qui était venu nous voir. Il était beaucoup plus âgé que nous. Il était surtout seul dans la salle. Un personnage assez mystérieux. Notre concert n’était pas terrible. Mais il est venu nous voir à la fin et nous a dit que nous étions prometteurs. Il s’appelait Kieron Chatten et il avait un groupe baptisé So Called Humans. Nous sommes toujours amis depuis cette rencontre. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Une nuit, alors que nous répétions dans une salle située au-dessus d’une bijouterie, nous étions ivres et il m’a raconté de quoi parlait ce morceau Bad Blood. Je ne suis pas sûr d’avoir le droit de le dire mais ça m’a touché. La première parole du morceau est : “Je veux vivre dans un monde par accident”. Ça me donne des frissons. La présence de Kieron Chatten et de son groupe So Called Humans autour de nous ont eu une grosse influence sur Egyptian Blue.”

Can’t you See, par Women (2010)

Women est vraiment un groupe que nous apprécions tous au sein de Egyptian Blue. Je pense que j’ai d’abord découvert ces Canadiens quand ils ont formé Preoccupations à la suite de Women. J’ai remonté le fil de leur discographie et je suis tombé sur leurs premiers albums. Les sons qu’ils créent sont hallucinants. Ils ont un mépris total pour les techniques traditionnelles de songwriting. Ils ne se conforment pas aux règles. J’aime beaucoup ça. J’apprécie particulièrement leur disque Public Strain (2010). Il a eu un impact sur nous, notamment la chanson China steps sur laquelle on peut entendre le grincement de la grosse caisse. Cela donne un côté étrange. Le morceau Can’t you See, j’avais l’habitude de le sauter sur le disque. La première fois que je l’ai vraiment écouté, j’étais seul dans un champ plein de brume, quelque part dans le Sussex. Ses dissonances, la beauté de la basse et de la mélodie vocale m’ont alors frappé. Il faut essayer de se mettre à la place de l’auteur, d’imaginer ce qu’il ressent. Transposer musicalement ses émotions, c’est le sommet du songwriting.”

Pyramid Song, par Radiohead (2001)

J’ai un rapport nostalgique à Radiohead que j’écoute depuis mon plus jeune âge car ma mère est une énorme fan. Leur musique me rappelle mon enfance. Radiohead est sans doute le groupe qui a exercé la plus grande influence sur ma façon d’écrire de la musique. Leurs chansons sont si magnifiquement assemblées. J’aurais pu choisir n’importe quel titre de leur répertoire. Ces derniers temps, Pyramid song m’a apporté une forme de paix. Je pense que dans les prochains morceaux que nous allons sortir cette année on pourra entendre, en tendant l’oreille attentivement, des échos de Radiohead. J’adore le guitariste Jonny Greenwood. Il est un de mes héros. Ses bandes originales de films sont stupéfiantes. Il a une place spéciale dans mon cœur, mais tout ce que Radiohead fait, de la basse à la batterie, est sublime.”

Movement 6, par Floating Points, Pharoah Sanders, London Symphony Orchestra (2021)

J’ai entendu ce morceau l’année dernière, à Newcastle chez ma sœur. Après une nuit animée, quand nous sommes rentrés au petit matin, quelqu’un a posé ce disque sur la platine. Cette musique d’une beauté incroyable semble si simple et si complexe en même temps. Il est vraiment difficile de mettre des mots sur ce morceau. Même si cela n’a rien à voir avec le punk, c’est une formidable source d’inspiration. Le producteur electro Floating Points révèle d’autres aspects de son talent et de sa personnalité. Moi aussi je veux pouvoir plus tard réaliser d’autres styles de musique, notamment des BO. Le batteur d’Egyptian Blue, Isaac Ide, lui, compose de la musique ambient sous le nom de Hypnic Jerks.”

Egyptian Blue est en concert à l’Ubu le vendredi 31 mars à partir de 20 heures.